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Rencontres Départementales d'Arts Plastiques - Temps Présents    janvier 2000

Auger
"Solitude maternelle 1999"

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Boutin
"Nature morte 1999"

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Faivre
"Piles colonnes"

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Groman
"Jordanie"

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Larsimon
"Samouraï"

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Ménoni
"Paysage 1999"

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Moréteau-Carlier
"Sans titre"

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Juillaen
"Filmographies suspendues 1999"

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Rousseau
"Chassis toile peinture à huille 1999"

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Stasiak
"Beauce"

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Turbant
"Lieux oubliés"

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Vial
"Les portes de l'aube 1999"

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COMME UNE HORLOGE...
12 artistes comme les 12 heures de la nuit.
Un compte rond sur une exposition des TEMPS PRESENTS comme les chiffres inscrits sur le cadran d'une horloge.
4 peintres + 4 photographes + 4 sculpteurs = 12 "temps présents" du temps d'aujourd'hui. A chacun sa matière, à tous leurs manières de représenter le Présent. Cheminons maintenant doucement autour de ces morceaux de temps qui nous sont offerts ici.

La peinture d'abord. Liberté souvent écrasante des possibilités d'expression et ancienneté de la pratique : choix pour le figuratif qui réinvente une réalité subjective ou abstraction qui recule les lois de la perspective? Cheminements dans la "Nature morte" silencieuse, "Terre du bout du monde" pour Richard Boutin, traces fugitives d'objets pour Benoît Rousseau, "Sans titres" énigmatiques et profonds de Catherine Moreteau-Carlier ou compositions colorées malaxées, brutalisées, superposées avant d'être caressées et polies de Liba Groman...
Le cadre étroit d'un tableau est en fait une large fenêtre ouverte sur le monde, une mince membrane perméable qui assure le passage entre la réalité du peintre et celle du spectateur. Il s'agit bien là d'un spectacle permanent qui nous interpelle puissamment et directement lorsque l'on fait à ces grands / petits mondes bien distincts.

La photographie ensuite. Art révolutionnaire s'il en est. Modernité du procédé et des possibilités de duplication donc de diffusion. Digne héritière de la gravure en ce sens, comme nous le démontrent les photogravées d'Alex Turban. L'Art du noir et blanc est une utopie : Les Impressionnistes et les Fauves avaient banni de leur palette ces deux "couleurs". La photographie en noir et blanc s'est donc constitué son propre monde, son propre idéal et ses propres contraintes.
Fuyant les trop mondaines ou trop populaires photographies de portraits et de figures du siècle passé ou celles de nos souvenirs de vacances, Eva Juillean a préféré le charme des bords de Loire en saisissant les paysages les plus variés. Alain Ménoni se réjouit des abstractions et en extrait des compositions en noir et blanc, fouillis de végétation et des lignes du paysage saisi en liberté. Armand Vial, quant à lui, recompose sans fin ses mythologies brutes. Henri Cartier-Bresson définissait justement la photographie comme une "nécessité angoissante de mettre dans la ligne de mire l'œil, la tête, le cœur". L'Operator photographique nous renvoie cette nécessité, à nous, les Spectatores. Ouvrons donc attentivement l'œil, la tête, le cœur… La sculpture est un art difficile, presque ingrat, tant il est physique. De terre, de bois ou de pierre, la troisième dimension ne se laisse pas dompter du premier coup d'œil. Il faut tourner autour de la "ronde-bosse" si bien nommé pour en ressentir les effets. C'est bien ici la magie de la création qui opère, comme le dieu démiurge sur son tour de potier modèle les premiers hommes.
Les gravures de Claude Faivre se lisent comme ses sculptures, d'un seul bloc. Elles sont graphiques et on atteint l'épaisseur suffisante pour pouvoir tourner inlassablement autour. Les figures de Christian Auger sont des idoles libérées de leurs temples où elles reposaient naguère. C'est un privilège rare que de les contempler, tout comme celles, plus profanes, de Jean Stasiak. Avec Dominique Larsimon, nous hésitons : sculptures ou peintures ? Si nous en restons à la simple définition du dictionnaire, il s'agit bien là de sculptures. Nous pourrions parler de "tableaux volumétriques" pour être plus précis : parcelles d'objets en errance, en partance placardées tels un slogan sur le cadre rectangulaire du support.

Dans son ouvrage Donner à voir, Paul Eluard nous dit : "Voir, c'est comprendre, juger, imaginer, oublier ou s'oublier, être ou disparaître". L'art est un instantané. Une volonté de l'instant qui n'appartient qu'au moment de la création (de la récréation ?). Hic et Nunc. Temps bien présents.
C'est un sourire, parfois tragique, mais toujours optimiste quant au futur, à notre futur. Sans artistes récréatifs, pas de futur collectif. Notre futur est collectif : il est dans notre présent sans aucun doute. L'artiste se libère de son œuvre comme la mère de son enfant : en elle et en lui, tous les espoirs sont permis.
Il faut voir à prendre son temps pour notre temps - après on verra - c'est déjà beaucoup - que notre temps être de celui-ci.
En Jazz, que je puisse me permettre cette comparaison qui ne concerne les arts plastiques que de loin, l'essentiel est dans l'instant figé d'une phrase bien sentie au bon moment. Après, ce n'est plus que broutilles, cendres et désolation. Les œuvres de ces douze artistes de ces TEMPS PRESENTS rejoignent la réalité du Jazz, la musique étant l' "art du temps" selon Paul Klee.
Peut-être serait-il utile aujourd'hui de donner des clés à celui qui veut vraiment voir car, comme toute action, il faut connaître les règles du jeu pour mieux comprendre, pour rendre intelligible et communicable les ineffables murmures de la création plastique. Il faut donc observer ce que celles-ci apportent à l'instant même où on les contemple : fermer les yeux - les rouvrir - un peu, pas trop - prendre le temps et selon le proverbe lyonnais : donner du temps au temps ou des "temps" aux "temps" (n'est-ce pas encore de la musique ?). Inscrire la pierre de touche à l'architectonique humaine.
Apprenons donc à avoir du plaisir : pourquoi pas ? Les choses paraissent simples quand on les connaît. Jouissons un peu de ce que nous sommes : des apprentis - dieux, de petites choses perdues au milieu des grandes que nous supposons telles.
Voyons enfin l'art comme un objet normal, presque banal, humain, qui peut être suffisant pour notre bien quotidien - soyons égoïstes - en humanistes - en hommes et en femmes - et sourions un peu si le temps (météorologique) le permet.
Peinture, Gravure, Photographie, Sculpture : des approches du temps et de l'espace similaires pour un objectif commun... la part du rêve de chaque jour.

Olivier BRANDILY
Egyptologue,
Conférencier National aux Musées du Louvre et d'Orsay