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| "UN PEINTRE D'ATELIER"
"Comme un potier la glaise, comme un boulanger la pâte, OUSSON pétrit la couleur jusqu'à la rendre humaine. Non pour en faire une parure, vain maquillage contre la fragilité de l'existence, mais pour nourrir la toile jusqu'à lui donner une peau : la chair du tableau. Car OUSSON est un sensuel, non pas amateur d'épidermes délicats, alanguis par trop d'urbanité, mais un vrai c'est-à-dire un amoureux de la vie robuste. Il aime les forces qui alimentent le plaisir de voir : le soleil tamisé par les feuilles d'un saule, l'eau coulante dont la surface est battue par la pluie, le pêcher aux fleurs saumonées par l'éclaircie printanière, la paille craquante d'une chaise oubliée, le velours cendré d'une pomme de terre, l'amoncellement d'objets domestiques, abandonnés par des vieillards en quête d'histoire sans paroles. Profondément curieux, OUSSON cherche et se cherche. Se promener avec lui sur les bords de Loire ou visiter une exposition élargit chaque fois notre vision du monde parce qu'il nous montre ce qu'on n'y voyait pas auparavant. Il sort de l'ombre ce que notre regard informe n'avait pas perçu, une forme, un trait, un rapport de couleurs que notre œil si joyeusement ouvert ne peut plus, désormais cesser de voir ; le repentir du peintre, l'audace d'une courbe, le brio d'un modelé, la puissance du trait, toutes les qualités d'un homme au travail, dont les efforts sentent la sueur d'un être de chair et d'os, être ordinaire si proche de nous et, néanmoins si admirable par son talent. OUSSON se cherche, comme REMBRANDT dans ses autoportraits, non pour satisfaire un nombrilisme juvénile, mais pour interroger l'humain soumis aux vicissitudes de l'existence. Désir de découvrir ce qui nous construit, de déchiffrer l'avenir. Cependant OUSSON ne vise pas à savoir qui il est ; il le sait. Il veut savoir ce qu'il peut faire avec ce qu'il sait. Pas si simple. Et à force de s'interroger, il brosse des portraits qui sortent de la nuit comme ceux des personnages de GOYA dont la lumière est renforcée par le noir qui l'encadre. OUSSON aime l'ESPAGNE, non la vitrine pour vacanciers à rôtir en broche, mais un pays profond dont le limon est une poussière mouillée de sang, tel qu'il s'éveille chaque soir avec la nuit. Sur la toile, le travail d'OUSSON consiste à faire monter de la nuit intérieure des beautés dont nous ne soupçonnions pas l'existence, qui d'une certaine façon existent toutes en nous mais que nous ne pourrions pas voir sans son œuvre. Non par divagation imaginaire, par fantaisie onirique mais par appui sur la nature qui l'entoure, sur le miroir d'un verdiau, la rondeur moussue d'un pavé de venelle, la brique érodée d'un pignon, le guet furtif d'un rossignol, le pastel d'un hortensia dont la terre rouge voisine avec le bleu céruleum, le lit défait par des amours sculptées - couche encore vivante dans la chambre esquissée - lieu païen que sa gouaille montparnassienne baptise le "pajot". |
On a compris que OUSSON n'a rien d'un être inspiré, qu'il est bâtisseur de formes, un auteur d'harmonies aptes à enchanter notre monde. Aussi, avoir un "OUSSON" chez soi revient à se donner le moyen de vivre mieux puisqu'à l'instar du peintre on colore, pour soi-même, une vision renouvelée du monde. Un choix qui revient à s'offrir un parcours de beauté, celui du sentiment esthétique, le seul plaisir capable de s'opposer à l'usure du temps."
Gérard LE GOUES |
